Groupes hippies prônant la liberté des moeurs ou sociétés autosuffisantes souhaitant vivre en harmonie avec la nature, de nombreuses communautés tentent ou ont tenté de montrer que l’on pouvait vivre autrement. Parmi ces expériences, Auroville a un statut particulier : basée sur des principes spirituels et écologiques, cette initiative qui a le soutien de l’UNESCO réussit à se maintenir depuis 1968.

2221 habitants au 3 juin 2011 : c’est bien moins que les 50 000 âmes que doit théoriquement accueillir la ville, mais c’est une population en constante augmentation. Qu’est-ce qui attire les Aurovilliens à Auroville ?

Spiritualité et philosophie de vie

La ville, fondée par Mirra Alfassa – la « Mère » – qui a été la compagne spirituelle française de Sri Aurobindo, reprend les enseignements du Sri. En premier lieu, la communauté de bien : « Auroville n’appartient à personne en particulier, mais à l’humanité dans son ensemble », nous dit la charte. On retrouve aussi dans les discours de la Mère la notion d’éducation et de travail comme réalisations de soi, et non comme obligations ou comme simples vecteurs d’enrichissement financier. Mais pour bien comprendre toute la portée philosophique d’Auroville, il faut se rendre sur le site officiel.

La spiritualité à Auroville a son temple : le centre de la cité, le Matrimandir, constitue un lieu de méditation et de recueillement.

Matrimandir

Le Matrimandir

A l’intérieur, un dodécagone avec des murs de marbre blanc. Au centre d’un cercle de douze colonnes, une sphère de verre reflète l’unique rayon de soleil qui pénètre dans le sanctuaire. Ici on peut pratiquer la méditation, et entrer en contact avec son « être psychique ».

On l’aura compris, Auroville relève à la fois d’une croyance spirituelle et d’une philosophie de vie, lesquelles ne sont pas ici incompatibles (le yoga de Sri Aurobindo se pratique constamment, en travaillant par exemple). Mais qu’en est-il de la mise en pratique de ces idées ?

La vie de tous les jours à Auroville

Force est de constater que les Aurovilliens essaient d’appliquer les préceptes fondateurs de leur cité. En premier lieu la ville est bien aujourd’hui un melting pot : 940 Indiens, 324 Français, 234 Allemands, 80 Américains, 54 Russes, etc. Et des initiatives se sont développées pour vivre autrement : partenariats avec les agriculteurs locaux, diffusion des résultats de recherches et de tests (dans le domaine des énergies renouvelables par exemple)… Auroville est aussi assez ouverte : il n’y a pas de réelle frontière entre la cité et les villages indiens alentours, et les visiteurs sont libres de se déplacer dans le territoire (pour la zone du Matrimandir, il faut d’abord montrer sa motivation) sans payer de droit d’entrée.

Néanmoins tout n’est pas rose, et il reste du chemin à parcourir. En premier lieu – les Aurovilliens en conviennent eux-mêmes – l’autosuffisance est loin d’être atteinte. D’autre part, les mesures de sécurité autour des quelques cinquante villages qui composent Auroville sont un peu en décalage avec la philosophie première de l’expérience : entre les chiens de garde (au moins un) et les clôtures, on a parfois l’impression (même si elle est rapide) d’être dans le périurbain français…



En conclusion, l’expérience est intéressante, les Aurovilliens semblent y croire, et l’existence même de cette communauté peut donner des idées à tous ceux qui cherchent des alternatives au modèle de développement actuel.