Afin de continuer notre questionnement sur ce qui fait la ville, nous allons nous intéresser aujourd’hui à un article de Colette Pétonnet. Bien que datant de 1987, « L’anonymat ou la pellicule protectrice », publié dans Le temps de la réflexion III (La ville inquiète), reste d’actualité. En voici une synthèse personnelle.

Cet article constitue une sorte de plaidoyer pour la ville, et surtout pour une façon « urbaine » d’analyser les rapports entre habitants. Colette Pétonnet explique en effet que beaucoup d’analystes se contentent de voir la ville par contraste (par rapport à la campagne, au village…), et utilisent pour analyser les interactions entre les habitants des notions propres à la vie en petite communauté (solidarité, entraide…). Par comparaison, la ville apparaît de fait comme inhumaine et froide. Or on peut trouver d’autres points d’entrée pour analyser la ville. L’anonymat est l’un de ces points d’entrée.

L’anonymat, indispensable à la vie en ville

L’espace public étant ouvert à tous, et le propre de la ville étant de regrouper beaucoup d’habitants, il est peu fréquent de se retrouver seul dans une rue très longtemps. Les flâneurs urbains se distinguent ainsi des promeneurs ruraux, qui peuvent être seuls pendant toute une journée à la campagne. D’autre part, contrairement à un village où tout le monde se connait, les habitants des villes ne font que croiser des inconnus.

Ainsi les urbains arrivent à « s’isoler parmi les autres », pour ne pas se sentir constamment interpelés par l’omniprésence de leurs concitoyens. On arrive alors à cette notion d’anonymat qui devient nécessaire au bon fonctionnement des relations en ville, et apparaît comme un acquis du citadin.

L’anonymat comme une pellicule flexible…

Mais cet anonymat peut se briser : heureusement les citadins ne sont pas des machines aveugles ! Colette Pétonnet livre une série de facteurs influençant la prise de contact entre personnes ne se connaissant pas. Par défaut, on l’a vu, deux citadins n’ont pas de raison de se parler, mais certains contextes peuvent les y pousser.
Il faut une circonstance particulière : un accident, un problème dans les transports publics, un événement insolite… sont autant de prétextes permettant aux spectateurs de lier contact.

Par ailleurs, l’anonymat est très lié à la notion de passage, de circulation des personnes. En effet, on aura plus tendance à discuter avec son voisin dans une salle d’attente que dans une rue où tout le monde est pressé.

Conclusion : une nouvelle façon d’analyser la ville ?

L’article de Colette Pétonnet nous montre que l’on peut analyser la ville en prenant comme hypothèse que les citadins sont entourés d’une pellicule d’anonymat qui peut parfois se moduler. Ainsi on pourra comprendre pourquoi la grande ville peut apparaître froide au nouvel arrivant, pourquoi les citadins ont tendance à se confier à des inconnus, etc.