Les initiatives citoyennes fleurissent, en France et dans le monde. Monnaies locales, épiceries solidaires, zones autogérées : les citoyens prennent leurs territoires en main. Or, dans de nombreux cas, ces actions sont liées à l’agriculture, telles les AMAP, consistant à être solidaire d’un exploitant agricole en lui versant un revenu régulier en échange d’une partie de sa production. Si les AMAP visent surtout à mettre en valeur les circuits courts péri-urbains, d’autres exemples sont plus liés à la ville. Certains ont déjà été évoqués dans ce blog, comme la Green Guerilla, ou comme ces habitants qui reprennent la main sur leurs villes en crise (voir en détail dans cet article).

D’où vient le lien entre l’agriculture et l’action citoyenne ? Une tentative d’explication relève du besoin de (ré-)appropriation de l’espace public par la population : les habitants ne pouvant agir dans le cadre des projets urbains, ils utilisent les espaces jardinés – notamment en ville – pour faire valoir leur droit de participation. A travers quelques exemples, nous allons détailler ce point de vue.

Le citoyen, exclu de l’espace public ?

Malgré la législation et de nombreux dispositifs en faveur de la concertation, la population est de plus en plus à la marge des décisions d’aménagement urbain, pour plusieurs raisons.

L’augmentation des normes de sécurité dans l’espace public, tout d’abord, qui tend à prendre le pas sur les usages souhaités de ces espaces. Comme le souligne Urbanews à propos des aires de jeu, « aujourd’hui, la tendance est au au tout-sécuritaire, à l’aseptisation, à la standardisation de ces espaces publics, au risque de les rendre ennuyeux ».

Par ailleurs, l’importance croissante de la Smart City, cette notion de la ville hyper-connectée, remplie de capteurs, et traitant une grande quantité de données, rend les projets urbains de plus en plus technicisés. Une récente étude pose d’ailleurs la question de la perte de lien entre collectivités et citoyens dans la Smart City. D’après cette enquête, la population est peu informée, et n’a pas les moyens de participer.

Les citoyens, premiers bénéficiaires de l’espace public, ne peuvent-ils donc pas participer aux décisions concernant le devenir de cet espace ? Certains sont pourtant volontaires, comme les organisateurs du Parking Day, journée pendant laquelle on a le « droit » d’occuper des places de parking avec des terrasses ou des jardins. Et nous allons voir que le jardin peut-être une voie pour plus de participation.

Le potager, un espace de décision citoyenne

Les espaces de l’agriculture urbaine restent en effet des lieux de coresponsabilité, dans lesquels les usagers ont toute leur place.

C’est le cas par exemple des jardins partagés, qui ont souvent deux caractéristiques communes :

  • d’une part la volonté de laisser la place à la population dans la gestion du jardin, ce qui se traduit par exemple dans la charte des jardins partagés de Toulouse, pour qui ces dispositifs ont pour but de : « renforcer une appropriation dynamique et responsable de l’espace public par une forte implication des habitants » ;
  • d’autre part, « les jardins partagés sont des espaces ouverts à tous dès lors qu’un jardinier est présent » selon la charte de la Ville de Lyon. Ainsi, si le jardin n’est pas complètement un espace public, il ne devient pas pour autant un espace privé.
Jardin partagé "Les Coccinelles de Sans Soucis"

Jardin partagé « Les Coccinelles de Sans Soucis » à Lyon

Le mouvement des incroyables comestibles est également un exemple d’appropriation de la ville par ses habitants. L’utilisation des espaces verts délaissés ou ornementaux pour faire pousser des légumes à disposition de tous rend le citoyen acteur de son environnement immédiat. Et si le point de départ est alimentaire, ce type de démarche peut mener à une présence accrue de la population dans les politiques publiques, comme le souligne cet article de terraeco.

Cultiver des morceaux de ville constitue plus largement une opportunité pour partager la décision. A Grigny, en Essonne, les agents de la ville gèrent certains espaces verts en plantant des fruits et légumes, que les habitants peuvent ensuite cueillir. La ville partage donc la gestion de ces espaces avec ses employés – qui sont motivés et bien considérés par la population – et ses habitants (voir l’article de Regain sur le sujet).

Ces différentes expériences permettent aux citoyens de participer à la vie de la ville.

Agriculture et citoyenneté : des pistes de réflexion

Répondre à un besoin primaire – manger – tout en se réappropriant l’espace public : l’agriculture urbaine sert donc de prétexte – et de terreau – à l’action citoyenne. C’est du moins ce que les initiatives présentées semblent montrer.

Est-ce un signal faible ou un mouvement de grande ampleur ? Comment tirer parti de ces expériences pour réinventer une citoyenneté en mal d’identité ? Quelle organisation des citoyens pour pérenniser ces initiatives ? Autant de question à creuser, auxquelles le blog tendanceville propose d’apporter sa contribution.

Si vous voulez aller plus loin sur ces sujets, n’hésitez pas à consulter les deux sujets Scoop.it, l’un sur l’agriculture et la ville, l’autre sur l’action citoyenne.