Tout sauf de l’indifférence : voilà ce que l’on peut ressentir suite aux attentats de vendredi. C’est ce qui explique le ton de ce billet, assez inhabituel sur ce blog. Mais, promouvant l’action citoyenne et son rôle dans le vivre ensemble et la construction de la société, je me permets de m’exprimer sur les événements de ces derniers jours.
Ces quelques lignes n’ont pas vocation à apporter des vérités ou des réponses, la situation étant éminemment complexe. Ce sont tout au plus des éléments de réflexion personnelle.

Une perte de repères ?

Si  les  attentats  sont  un  symptôme,  quelle  est  la  cause  ?  Comment  expliquer  que des  citoyens français  se  considèrent  en  guerre  avec  leur  propre  Pays,  et  agissent  en conséquence  ?  Si  les analyses  et  interprétations  sont  nombreuses,  je  retiendrai  celles  qui  pointent  le  désarroi  d’une partie de la population, qui peine à voir dans la France une identité et des valeurs communes.

Cette perte de sens est évoquée par Claude Bartolone dans le rapport de la mission de réflexion « Engagement citoyen et appartenance républicaine », demandé par le Président de la République dans le contexte de mobilisation du 11 janvier.

« Si  notre  communauté  républicaine  est  –  et  elle  l’est  sans  conteste  –  une  communauté  de destin,  de  projet  et  d’avenir,  alors  il  ne  faut  pas  s’étonner  que  ceux  qui  ne  voient,  pour  eux-mêmes ou pour leurs proches, ni projet collectif ni avenir puissent douter de la réalité même d’un destin commun. »

Ce serait alors – parmi d’autres causes bien sûr – l’exclusion ressentie par une partie des français qui servirait de terreau à une série de conséquences, de l’abstention électorale à l’attaque armée.

Nous pouvons faire quelque chose face à cela.

Continuer à agir ensemble

Bien sûr de nombreuses raisons structurelles à la perte de repères peuvent être pointées du doigt, telles  l’inertie  d’un  système  politique  opaque  ou  une  géopolitique  mondiale basée  sur  le  profit. Cependant ce sont les citoyens qui font la société, et il ne tient qu’à eux de la reprendre en main. Et ce sont les citoyens, via le rassemblement pacifique, qui se sont exprimés suite aux attentats en janvier 2015.

Le 11 janvier 2015 à Saint-Etienne

Le 11 janvier 2015 à Saint-Etienne

Aujourd’hui aussi, des appels au rassemblement, à la résistance par le sang froid et le refus de la peur se font  entendre,  tel  celui  d’Active Generation.  L’importance  d’une  action  de  fond  pour construire un monde plus juste est également soulignée par Alternatiba, dans un communiqué de samedi dernier.

« Nous savons qu’il faut continuer à s’attaquer aux causes, à l’injustice, à la misère, à la guerre, aux inégalités, aux violations des droits de l’humain et des peuples, au saccage écologique et au dérèglement climatique pour tarir la source du fanatisme et du terrorisme. »

L’action citoyenne dans une logique – utopique mais concrète – de création d’une société dans laquelle chacun puisse trouver sa place, répond à sa façon à la perte de repère et au sentiment d’exclusion.

(Re)donner du sens au monde

Ne  pas  céder  au  découragement,  continuer  d’agir  ensemble,  sont  des  clés  de  résistance  au fanatisme, quel qu’il soit. Mais pour cela il faut du sens, et il faut que chacun veuille aller dans le même sens. L’action ne doit pas être décorrélée d’une vision globale du monde.

Patrick Viveret, dans Fraternité, j’écris ton nom !, explique cela. Contre les bouc-émissaires et le repli sur soi, il propose la fraternité et la construction d’un sentiment d’appartenance au monde.

« Pour retrouver la voie de cette aspiration à l’universel, il faut avoir la volonté de contribuer à l’émergence  de  cette  citoyenneté  terrienne  que  porte  en  germe  l’esprit  de  fraternité  présent dans  la  Déclaration  universelle  des  droits de  l’homme,  inspirée  par  le  meilleur  de  l’esprit français. »

C’est  peut-être  en  offrant  une  alternative  durable  aux  guerres,  et  en  montrant  un  modèle  de société  épanouie  et responsable,  que  la  France,  l’Europe,  l’Occident,  et  finalement  le  monde, deviendront des endroits sûrs.

Alors, par delà les religions, les appartenances politiques, pourquoi ne pas se rappeler nos valeurs profondes, communes, et bâtir la société sur cette base ? Peut-être est-ce simplement la volonté de construire notre bien-être collectif, et de le construire ensemble, qui doit nous guider… Agir en tant que citoyen, dans le respect des autres, c’est déjà faire partie d’un monde meilleur.

Restons citoyens avant tout. Restons humains avant tout.