Le festival du roman policier, Quais du polar, a investi Lyon le week-end dernier. C’est l’occasion de revenir sur le lien entre le polar et la ville, en poursuivant une réflexion commencée en 2012. La conférence « Ces villes qui n’étaient pas rentrées à quais » , que cet article restitue en partie, nous y invite.

Un polar pour découvrir la ville ?

Le polar est-il un « guide du routard », comme le laisse supposer le descriptif de cette conférence ? Et dans un premier temps : la ville du roman est-elle la vraie ? Les auteurs présents semblaient dire que oui, car ils rendent compte dans leurs écrits d’un territoire réel, même s’ils s’autorisent quelques libertés. L’ambiance de la ville, son fonctionnement, son contexte socio-politique, sont des éléments importants pour l’intrigue. Ainsi « les territoires façonnent les identités », comme dit Cédric Fabre, pour qui le paradoxe constant que constitue Marseille est une source d’inspiration.

Alors le polar est-il un guide touristique ? On pourrait le penser, compte-tenu de la forte participation à l’enquête de ce week-end (15000 personnes, selon France 3) qui faisait découvrir Lyon de différentes façons, du Musée des Confluences jusqu’à la plaque commémorative de Sébastien Gryphe.

Photo de l’enquête, relayée sur le compte twitter de Quais du polar

Et ce n’est pas le cas uniquement à Lyon. A Stockholm par exemple, le touriste se fait également enquêteur, en partant sur les traces du héros de la trilogie Millenium le temps d’une visite.

L’auteur de polar, attaché à la ville

Il semble exister un lien fort entre l’auteur de polar et sa ville. Janis Otsiémi aime explorer le monde interlope de Libreville, qu’il connaît bien. Pour Cédric Fabre, écrire c’est essayer de comprendre son époque, « cette ville de dingues » qu’est Marseille, dont il met en exergue les « dysfonctionnements ».

« J’ai un amour pour cette ville » Janis Otsiémi
« [Marseille,] Je l’adore autant que je la déteste » Cédric Fabre

Le roman policier retrace donc un angle de vue très particulier sur une ville, l’expérience d’un auteur, son attachement quasi-viscéral à son territoire. Sa lecture constitue alors une façon particulière de découvrir une ville, peut-être plus humaine, sans doute plus noire, polar oblige…

Et dans le reste de la littérature ?

Mais le polar n’a pas le monopole de la ville. Zola a raconté Paris , Maupin a dressé les chroniques de San Francisco…

Cédric Fabre a soutenu l’importance de la science fiction, littérature qui donne une place importante à la ville et aux sujets de société. En effet, s’ils s’entourent d’un décor totalement imaginé, certains auteurs de SF anticipent une ville métropole inquiétante : les Monades Urbaines de Silverberg ou le Cerclon de Damasio, avec leur perfection démocratique apparente, finissent par se révéler des outils de dictature et d’inégalité.

A travers la littérature, on peut s’apercevoir que la ville passionne, attire, et surtout pose beaucoup de questions… Alors bonnes lectures, et bons voyages !