Écouter les citoyens, pour favoriser l’intérêt général

Écouter les citoyens, pour favoriser l’intérêt général

Une participation citoyenne en continu, des espaces à s’approprier, une ville qui répond aux besoins de ses habitants… Voilà quelques enjeux qui donnent le ton du premier débat du cycle ville à défendre, organisé par Ouishare et l’École urbaine de Lyon. Voici un retour personnel sur cette soirée, pleines d’idées, d’actions, mais aussi de questions pour une ville plus partagée, et qui se tenait à La Commune.

Des citoyens en malaise par rapport à la construction de leur ville

Une premier constat qui m’a interpelé, c’est la rupture entre (certains) projets urbains et (certains) usages réels de la ville. C’était le propos de Débora Swistún, anthropologue argentine, qui montrait à Buenos Aires le décalage entre les projets d’une ville mondialisée et les pratiques et besoins des habitants, qui relèvent de la proximité et de la convivialité. Il est même possible d’évoquer un malaise des habitants qui voient leur quartier changer dans un sens qui ne leur paraît pas le bon. Débora S. parle de solastagia, néologisme traduisant une détresse au regard des changements environnementaux.

Face à ce malaise, de nombreux citoyens / habitants agissent pour créer une perspective différente pour leur ville. C’est le cas d’Habitons Mazagran, qui propose un projet alternatif pour un îlot du 7ème arrondissement de Lyon. Ce collectif défend une ville complexe, qui ne se limite pas à la production de logements, mais prend en compte l’histoire et le patrimoine – humain et bâti – pour construire des projets plus adaptés. “On mérite mieux que d’être logés” : la phrase traduit bien à la fois l’incompréhension par rapport au système, et la volonté d’agir.

De son côté, le collectif Plein la vue agit pour “dédensifier” la publicité dans l’espace public. Il s’agit bien là-aussi d’un désaccord avec une dynamique à l’œuvre : la multiplication des panneaux publicitaires dans une logique de quasi-monopole.

Une double dynamique de la participation

Mais la construction de la ville n’est-elle pas censée se faire avec les citoyens ? Les dispositifs de participation citoyenne ne sont-ils pas là pour prendre en compte les différents avis ?

Ce n’est pas si simple, nous a expliqué Guillaume Gourgues. La participation citoyenne est devenue dépolitisée : les dispositifs mis en place n’ont pas vraiment de portée politique. En effet ils ciblent l’expérience individuelle, n’ont pas ou peu d’impact clair sur la décision finale et, ciblés autour de projet précis et dans une dynamique positive, ils empêchent un débat plus global.

Parallèlement à cela, les porteurs d’initiatives citoyennes se trouve face à une incompréhension. En effet, si Plein la vue rencontre les maires des communes du Grand Lyon, et si Habitons Mazagran participe au plan local d’urbanisme, le constat est tout de même d’une difficulté de dialoguer avec les institutions, avec l’impression d’être dans des réalités différentes.

Résumons : nous avons d’un côté des démarche de participation dans lesquelles on voit “toujours les mêmes”, et de l’autre des citoyennes et citoyens qui participent spontanément via un foisonnement d’initiatives (il suffit d’aller voir Anciela pour prendre la mesure de ce foisonnement).

Le constat n’est-il pas finalement celui d’un blocage qui empêche à la fois les démarches descendantes de participation et les démarches ascendantes d’action citoyenne de dialoguer ?

L’action citoyenne, une autre façon de faire l’intérêt général ?

La question de l’intérêt général a été posée en séance, et je la trouve centrale. Des citoyens qui veulent défendre leur ville ne défendent-ils pas aussi l’intérêt général ? Prenons l’exemple du Chat Perché, atelier vélo participatif qui propose une cotisation faible pour permettre à tous d’adhérer. Cela va dans le sens des politiques de développement du vélo en ville. Et pourtant, dans le projet de l’îlot Mazagran, cette initiative sera soumise aux règles du marché immobilier, et devra donc probablement s’installer en périphérie.

De même, l’action de Kohero, qui met en relation des citoyens pour démultiplier les initiatives locales et rendre la ville résiliente, s’inscrit dans les politiques d’innovation sociale, voire prend un rôle que l’on pourrait imaginer dévolu aux collectivités. “La puissance publique n’est plus la seule détentrice de l’intérêt général”, comme l’a dit Akim Oural dans son rapport L’innovation au pouvoir en 2015.

Bien sûr, lors de cette soirée #VilleADefendre, c’est le point de vue des porteurs d’initiatives qui a été mis en valeur. Il serait intéressant d’avoir celui d’élus, qui agissent également avec un objectif d’intérêt général. Avec la question suivante : comment mieux prendre en compte, accompagner, ou juste laisser la place aux initiatives ? Faut-il plus d’écoute, ou plus de prise en compte des démarches ascendantes ? Donner plus de pouvoir de décisions aux “participants” ?

En matière de lien entre initiatives citoyennes et élus, l’exemple de Grande-Synthe a été cité, qui semble être idéal : conseil citoyen, budget participatif, université populaire… Mais il a également été dit qu’il fallait replacer ce cas dans un contexte historique de tradition de démocratie participative.

Tentative de conclusion

D’un côté la multiplication des initiatives citoyennes pour défendre la ville montre un dynamisme fort de la société. De l’autre ces initiatives peuvent s’avérer fragiles et semblent avoir besoin d’être mises en relation et d’essaimer (on compte sur Kohero !), de même qu’elles doivent être entendues par les institutions. Une chose est sûre : même si ces initiatives sont souvent apartisanes, défendre la ville est un acte politique. A suivre dans les prochains débats de #VilleADefendre

En attendant, et pour aller plus loin dans les réflexions, je vous conseille la lecture de la plaquette “L’action citoyenne, accélératrice de transition vers des modes de vie plus durables”. Et un rapport plus complet est en cours de publication.

Fermer le menu