Horizontalité, intelligence collective : des pratiques de la transition ?

« En se réunissant pour réfléchir, produire, consommer et décider ensemble, ces bâtisseurs de futurs constatent que l’intelligence collective peut faire des miracles, que chacun a quelque chose à apporter au collectif. » C’est ainsi qu’Emmanuel Daniel0 pointe, déjà en 2014, l’importance de la gouvernance et du collectif dans les initiatives citoyennes de transition1. Je voudrais revenir dans cet article sur le lien fort entre la finalité d’un projet de transition et la façon dont il est conduit, qui elle aussi doit être en transition.

L’intelligence collective pour débattre

En premier lieu, les initiatives qui visent le débat et le partage d’idées utilisent bien sûr des méthodes d’intelligence collective. C’est le cas des Dialogues en Humanité, ou encore des villages Alternatiba, qui déploient des techniques de dialogue horizontales : bâtons de parole, expression libre…

Cercle de discussion lors des Dialogues en Humanité, Lyon, 2015

Habitat participatif, SCOP : une gouvernance qui s’invente

L’habitat groupé Habiterre – près de Die dans la Drôme – a mis en place une charte pour maintenir des modes de fonctionnements collectifs. Le principe « 1 habitant = 1 voix » traduit la volonté d’horizontalité. Les petits déjeuners hebdomadaires, les chantiers participatifs ou encore la rencontre annuelle de deux jours constituent des temps de gestion du projet, mais avec une dimension conviviale et humaine.

Dans une logique proche, le bar-restaurant Le Court Circuit – à Lyon – promeut des valeurs qui ont trait à l’alimentation (circuit court et cuisine maison) mais aussi à l’autogestion coopérative. Sous forme de SCOP, l’entreprise met en valeur son fonctionnement collectif basé sur l’échange et le débat. Là aussi, on retrouve le principe « 1 salarié = 1 voix ».

Lorsque des citoyens vivent ou travaillent ensemble, penser la gouvernance est bien sûr une nécessité. Ces deux exemples montrent que cette gouvernance peut s’appuyer sur les valeurs de partage et d’égalité, pour être en accord avec le projet porté.

Des méthodes innovantes pour le pouvoir d’agir

Pour atteindre son objectif de relier les citoyens qui font le choix d’un autre mode de vie, le mouvement des Colibris a dû trouver des pratiques permettant l’expression et augmentant la capacité d’agir de chacun. Ainsi il adopte « une gouvernance participative qui permet à toutes les parties prenantes de participer aux orientations stratégiques, dans un vaste processus d’intelligence collective (…) : fonctionnement en cercles, prise de décision par consentement, élections sans candidats… ».

Autre initiative favorisant le pouvoir d’agir, la Fabrik à Declik propose trois jours d’immersion pour les moins de 35 ans. Production collective en groupe, rencontres inspirantes en tête à tête, redynamisation collectif en séance plénière… les techniques utilisées sont multiples et favorisent l’émergence de « déclics ».

Application d’une méthode d’encapacitation lors de la Fabrik à Declik, Lyon, 2016

Un changement de posture nécessaire à la transition ?

Ces différents exemples montrent une diversité de situations, toutes utilisant des méthodes favorisant l’horizontalité dans la prise de décision, les moments collectifs, la responsabilisation de chacun, etc.

Dans une initiative citoyenne de transition, le processus de production et les pratiques collectives semblent aussi importants que les valeurs et le but de l’action.

David Graeber parle de politique préfigurative pour expliquer – dans le cas d’une ZAD – que les pratiques collectives rejoignent les valeurs portées par l’action. Il résume : « vous essayez de faire de la forme de votre résistance un modèle de ce à quoi la société à laquelle vous aspirez pourrait ressembler »2. En portant un projet de transition, l’initiative serait-elle alors également un laboratoire de la vie en collectivité de demain ?

0 Dans Le Tour de France des alternatives, Seuil

1 Par initiatives citoyennes de transition, j’entends des initiatives :
– menées par la société civile, sans lien direct avec les institutions
– dont les porteurs annoncent une visée transformatrice de la société
– qui proposent des solutions locales, avec une volonté de « faire »

2 Dans Éloge des mauvaises herbes, Collectif d’auteurs, Les liens qui libèrent, 2018, page 8