Les conférences citoyennes du Grand Débat : retour d’expérience
Conférence citoyenne

Les conférences citoyennes du Grand Débat : retour d’expérience

Le Grand Débat National semble être un dispositif inédit, tant par le contexte dans lequel il est arrivé – le mouvement des gilets jaunes – que par sa médiatisation et l’ampleur de la participation. Bien sûr, de nombreuses critiques peuvent en être faites, mais pour ma part je voulais contribuer à mon échelle. C’est ainsi que j’ai pu participer à l’animation d’une conférence citoyenne régionale 1, au titre de facilitateur. Je voudrais revenir ici sur deux aspects de ces conférences citoyennes, qui sont d’ailleurs plutôt des ateliers participatifs : les méthodes de participation employées, et les envies et motivations des participants.

La force du tirage au sort

Les quelques 130 participants à la conférence citoyenne de Lyon ont été tirés au sort. Pour assurer une mixité des participants, des quotas ont été mis en place (par âge, catégorie socioprofessionnelle, territoire, etc.). Ce sont les numéros de téléphone, et non les listes électorales, qui ont été utilisés, pour toucher l’ensemble de la population2.
Si cette méthode du tirage au sort, l’une des plus égalitaire, est déjà utilisée (pour les jurés d’assises ou les panels citoyens), je ne l’avais jamais vue à une telle échelle (15 conférences régionales sur deux week-ends).

Et le résultat m’a semblé visible : les personnes que j’ai croisées lors de cet événement n’étaient pas du tout des habitués des concertations, et venaient d’horizons divers. Si tout le monde ne répond pas présent au premier appel (une personne sur dix accepte de participer, d’après les discussions que j’ai eues avec les organisateurs), les volontaires montraient une forte motivation (voir ci-après). Les débats m’ont par ailleurs semblé constructifs et dans l’écoute : cela corrobore l’avis de Jacques Testard3, qui défend l’idée du tirage au sort et de la confiance dans un processus qui fait appel à l’humain en nous.

Les méthodes d’intelligence collective

Dans l’ensemble du Grand Débat National, “beaucoup de réunions n’ont pas été conçues – faute de compétences – pour produire un jugement collectif”4. Il est en effet important d’utiliser des méthodes éprouvées si l’on veut que les participants produisent ensemble, en particulier lorsqu’ils sont nombreux.

La Conférence citoyenne régionale à laquelle j’ai participé était de ce point de vue très bien construite. Elle avait :

  • un cadre, avec des règles annoncées au départ, notamment la bienveillance et l’écoute de l’autre ;
  • un processus de construction : avec une première étape de diagnostic, puis l’élaboration de propositions qui sont ensuite enrichies grâce aux autres participants ; ce déroulé permet d’avancer pas à pas avec tout le monde ;
  • un système pour donner la parole à chacun(e) : avec une organisation en 16 petits groupes, tous accompagnés d’un facilitateur pour aider à suivre les règles et s’assurer de la prise de parole de chacun(e).

Ce sont des points clés d’une démarche d’intelligence collective.

Des envies d’écouter et d’être écouté : un retour positif

Les volontaires présents venaient de toute la Région, pour plus de 11h de débat réparties sur 2 jours. Cela montre leur motivation, et j’ai voulu en savoir plus.

J’ai ainsi pu poser plusieurs fois la question “pourquoi êtes vous venu(e) ?”. Et la réponse était quasi unanime : “on nous donne la parole, il faut saisir l’opportunité” ou encore “on ne peut pas dire que l’on n’est pas entendu et ne pas venir quand on nous laisse nous exprimer”.

Au-delà de cette motivation de départ, dans le déroulé des débats, les réactions étaient également positives : plaisir d’échanger, d’apprendre des autres participants…

Pour une participation citoyenne en continue ?

Mon expérience se limite à l’une des conférences citoyennes, et il serait intéressant de croiser les regards. Cependant avec ce retour, même qualitatif, je me pose une question. Si les citoyens viennent volontairement, discutent de façon constructive, et sont contents d’avoir été écoutés, alors pourquoi ne pas mettre en place ce genre de démarche en continu ?

Un processus de dialogue constructif avec des citoyens tirés au sort pourrait en effet aider à anticiper l’impact des lois sur les principaux concernés, voire à en changer la teneur et, qui sait, le “bon sens citoyen” pourrait surprendre par sa pertinence. Ma réflexion n’est ni isolée ni nouvelle, alors peut-être ce genre de dispositif verra-t-il le jour, suite au Grand Débat…

NOTES

1 Il s’agit de réunions organisées au niveau national, et ayant lieu dans chaque région, dans la deuxième phase du Grand Débat. En savoir plus.

2 Selon les propos de Isabelle Falque-Pierrotin, qui fait partie de l’équipe des garants, lors de la journée de la Civic Tech le 18 mars 2019.

3 Dans son livre L’Humanitude au pouvoir. Comment les citoyens peuvent décider du bien commun, Éd. du Seuil, 2015.

4 Propos de Loïc Blondiaux, lors de la journée de la Civic Tech le 18 mars 2019.

 

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